Clauss
Ludwig Ferdinand Clauss (1892-1974)
Né le 8 février 1892 à Offenburg dans la région du Taunus, l’anthropologue Ludwig Ferdinand Clauss
est rapidement devenu l’un des raciologues et des islamologues les plus
réputés de l’entre-deux-guerres, cumulant dans son œuvre une approche
spirituelle et caractérielle des diverses composantes raciales de la
population européenne, d'une part, et une étude approfondie de la psyché
bédouine, après de longs séjours au sein des tribus de la
Transjordanie. L’originalité de sa méthode d'investigation raciologique a
été de renoncer à tous les zoologismes des théories raciales
conventionnelles, nées dans la foulée du darwinisme, où l’homme est
simplement un animal plus évolué que les autres. Clauss renonce aux
comparaisons trop faciles entre l’homme et l’animal et focalise ses
recherches sur les expressions du visage et du corps qui sont
spécifiquement humaines ainsi que sur l’âme et le caractère.
Il
exploite donc les différents aspects de la phénoménologie pour élaborer
une raciologie psychologisante (ou une “psycho-raciologie”) qui conduit
à comprendre l’autre sans jamais le haïr. Dans une telle optique,
admettre la différence, insurmontable et incontournable, de l’Autre,
c'est accepter la pluralité des données humaines, la variété des façons
d'être-homme, et refuser toute logique d'homologation et de
centralisation coercitive.
Ludwig Ferdinand Clauss était un disciple
du grand philosophe et phénoménologue Edmund Husserl. Il a également
été influencé par Ewald Banse (1883-1953), un géographe qui avait étudié
avant lui les impacts du paysage sur la psychologie, de l’écologie sur
le mental. Ses théories cadraient mal avec celles, biologisantes, du
national-socialisme. Les adversaires de Clauss considéraient qu'il
réhabilitait le dualisme corps/âme, cher aux doctrines religieuses
chrétiennes, parce que, contrairement aux darwiniens stricto sensu,
il considérait que les dimensions psychiques et spirituelles de l’homme
appartenaient à un niveau différent de celui de leurs caractéristiques
corporelles, somatiques et biologiques. Clauss, en effet, démontrait que
les corps, donc les traits raciaux, étaient le mode et le terrain
d'expression d'une réalité spirituelle/psychique. En dernière instance,
ce sont donc l’esprit (Geist) et l’âme (Seele) qui
donnent forme au corps et sont primordiaux. D'après les théories
post-phénoménologiques de Clauss, une race qui nous est étrangère,
différente, doit être évaluée, non pas au départ de son extériorité
corporelle, de ses traits raciaux somatiques, mais de son intériorité
psychique. L’anthropologue doit dès lors vivre dans l’environnement
naturel et immédiat de la race qu'il étudie. Raison pour laquelle
Clauss, influencé par l’air du temps en Allemagne, commence par étudier
l’élément nordique de la population allemande dans son propre biotope,
constatant que cette composante ethnique germano-scandinave est une
“race tendue vers l’action” concrète, avec un élan froid et un souci des
résultats tangibles. Le milieu géographique premier de la race nordique
est la Forêt (hercynienne), qui recouvrait l’Europe centrale dans la
proto-histoire.
La
Grande Forêt hercynienne a marqué les Européens de souche nordique
comme le désert a marqué les Arabes et les Bédouins. La trace littéraire
la plus significative qui atteste de cette nostalgie de la Forêt
primordiale chez les Germains se trouve dans le premier livre évoquant
le récit de l’Évangile en langue germanique, rédigé sous l’ordre de
Louis le Pieux. Cet ouvrage, intitulé le Heliand (Le Sauveur), conte, sur un mode épique très prisé des Germains
de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge, les épisodes de la vie de
Jésus, qui y a non pas les traits d'un prophète proche-oriental mais
ceux d'un sage itinérant doté de qualités guerrières et d'un charisme
lumineux, capable d'entraîner dans son sillage une phalange de disciples
solides et vigoureux. Pour traduire les passages relatifs à la retraite
de 40 jours que fit Jésus dans le désert, le traducteur du Haut Moyen
Âge ne parle pas du désert en utilisant un vocable germanique qui
traduirait et désignerait une vaste étendue de sable et de roches,
désolée et infertile, sans végétation ni ombre. Il écrit sinweldi,
ce qui signifie la “forêt sans fin”, touffue et impénétrable, couverte
d'une grande variété d'essences, abritant d'innombrables formes de vie.
Ainsi, pour méditer, pour se retrouver seul, face à Dieu, face à la
virginité inconditionnée des éléments, le Germain retourne, non pas au
désert, qu'il ne connaît pas, mais à la grande forêt primordiale. La
forêt est protectrice et en sortir équivaut à retourner dans un “espace
non protégé” (voir la légende du noble saxon Robin des Bois et la
fascination qu'elle continue à exercer sur l’imaginaire des enfants et
des adolescents).
L’idée
de forêt protectrice est fondamentalement différente de celle du désert
qui donne accès à l’Absolu : elle implique une vision du monde plus
plurielle, vénérant une assez grande multiplicité de formes de vie
végétale et animale, coordonnée en un tout organique, englobant et
protecteur.
L’homo europeus ou germanicus
n’a toutefois pas eu le temps de forger et de codifier une spiritualité
complète et absolue de la forêt et, aujourd'hui, lui qui ne connaît pas
le désert de l’intérieur, au contraire du Bédouin et de l’Arabe, n’a
plus de forêt pour entrer en contact avec l’Inconditionné. Et quand Ernst Jünger parle de “recourir à la forêt”, d'adopter la démarche du Waldgänger,
il formule une abstraction, une belle abstraction, mais rien qu'une
abstraction puisque la forêt n’est plus, si ce n’est dans de lointains
souvenirs ataviques et refoulés. Les descendants des hommes de la forêt
ont inventé la technique, la mécanique (L. F. Clauss dit la Mechanei),
qui se veut un ersatz de la nature, un palliatif censé résoudre tous
les problèmes de la vie, mais qui, finalement, n’est jamais qu'une
construction et non pas une germination, dotée d'une mémoire intérieure
(d'un code génétique). Leurs ancêtres, les Croisés retranchés dans le
krak des Chevaliers,
avaient fléchi devant le désert et devant son implacabilité. Preuve que
les psychés humaines ne sont pas transposables arbitrairement, qu'un
homme de la Forêt ne devient pas un homme du Désert et vice-versa, au
gré de ses pérégrinations sur la surface de la Terre.
À terme, la spiritualité du Bédouin développe un “style prophétique” (Offenbarungsstil),
parfaitement adapté au paysage désertique, et à la notion d'absolu
qu'il éveille en l’âme, mais qui n’est pas exportable dans d'autres
territoires. Le télescopage entre ce prophétisme d'origine arabe,
sémitique, bédouine et l’esprit européen, plus sédentaire, provoque un
déséquilibre religieux, voire une certaine angoisse existentielle,
exprimée dans les diverses formes de christianisme en Europe.
Clauss
a donc appliqué concrètement — et personnellement — sa méthode de
psycho-raciologie en allant vivre parmi les Bédouins du désert du
Néguev, en se convertissant à l’islam et en adoptant leur mode de vie.
Il a tiré de cette expérience une vision intérieure de l’arabité et une
compréhension directe des bases psychologiques de l’islam, bases qui
révèlent l’origine désertique de cette religion universelle.
Sous le IIIe
Reich, Clauss a tenté de faire passer sa méthodologie et sa théorie des
caractères dans les instances officielles. En vain. Il a perdu sa
position à l’université parce qu'il a refusé de rompre ses relations
avec son amie et collaboratrice Margarete Landé [depuis 1925],
de confession israélite, et l’a cachée jusqu'à la fin de la guerre.
Pour cette raison, les autorités israéliennes ont fait planter un arbre
en son honneur à Yad Vashem en 1979. L’amitié qui liait Clauss à
Margarete Landé ne l’a toutefois pas empêché de servir fidèlement son
pays en étant attaché au Département VI C 13 du RSHA (Reichssicherheitshauptamt), en tant que spécialiste du Moyen-Orient.
Après la chute du IIIe
Reich, Clauss rédige plusieurs romans ayant pour thèmes le désert et le
monde arabe, remet ses travaux à jour et publie une étude très
approfondie sur l’islam, qu'il est un des rares Allemands à connaître de
l’intérieur. La mystique arabe/bédouine du désert débouche sur une
adoration de l’Inconditionné, sur une soumission du croyant à cet
Inconditionné. Pour le Bédouin, c'est-à-dire l’Arabe le plus
authentique, l’idéal de perfection pour l’homme, c'est de se libérer des
“conditionnements” qui l’entravent dans son élan vers l’Absolu. L’homme
parfait est celui qui se montre capable de dépasser ses passions, ses
émotions, ses intérêts. L’élément fondamental du divin, dans cette
optique, est l’istignâ, l’absence totale de besoins. Car Dieu,
qui est l’Inconditionné, n’a pas de besoins, il ne doit rien à personne.
Seule la créature est redevable : elle est responsable de façonner sa
vie, reçue de Dieu, de façon à ce qu'elle plaise à Dieu. Ce travail de
façonnage constant se dirige contre les incompétences, le laisser-aller,
la négligence, auxquels l’homme succombe trop souvent, perdant
l’humilité et la conscience de son indigence ontologique. C'est contre
ceux qui veulent persister dans cette erreur et cette prétention que
l’islam appelle à la Jihad. Le croyant veut se soumettre à
l’ordre immuable et généreux que Dieu a créé pour l’homme et doit lutter
contre les fabrications des “associateurs”, qui composent des arguments
qui vont dans le sens de leurs intérêts, de leurs passions mal
dominées. La domination des “associateurs” conduit au chaos et au
déclin. Réflexions importantes à l’heure où les diasporas musulmanes
sont sollicitées de l’intérieur et de l’extérieur par toutes sortes de
manipulateurs idéologiques et médiatiques et finissent pas excuser ici
chez les leurs ce qu'ils ne leur pardonneraient pas là-bas chez elles.
Clauss a été fasciné par cette exigence éthique, incompatible avec les
modes de fonctionnement de la politicaille européenne conventionnelle.
C'est sans doute ce qu'on ne lui a pas pardonné.
Ludwig
Ferdinand Clauss meurt le 13 janvier 1974 à Huppert dans le Taunus.
Considéré par les Musulmans comme un des leurs, par les Européens
enracinés comme l’homme qui a le mieux explicité les caractères des
ethnies de base de l’Europe, par les Juifs comme un Juste à qui on rend
un hommage sobre et touchant en Israël, a récemment été vilipendé par
des journalistes qui se piquent d'anti-fascisme à Paris, dont Denis Schérer,
qui utilise le pseudonyme de “René Monzat”. Pour ce Schérer-Monzat (1),
Clauss, raciologue, aurait été tout bonnement un fanatique nazi,
puisque les préoccupations d'ordre raciologique ne seraient que le fait
des seuls tenants de cette idéologie, vaincue en 1945. Schérer-Monzat
s’avère l’une de ces pitoyables victimes du manichéisme et de
l’inculture contemporains, où la reductio ad Hitlerum devient
une manie lassante. Au contraire, Clauss, bien davantage que tous les
petits écrivaillons qui se piquent d'anti-fascisme, est le penseur du
respect de l’Autre, respect qui ne peut se concrétiser qu'en replaçant
cet Autre dans son contexte primordial, qu'en allant à l’Autre en
fusionnant avec son milieu originel. Édicter des fusions, brasser dans
le désordre, vouloir expérimenter des mélanges impossibles, n’est pas
une preuve de respect de l’altérité des cultures qui nous sont
étrangères.
► Robert Steuckers.
• note en sus :
1. cf. encadré à ce sujet paru dans éléments n°89, 1997, p. 7. Dénis Schérer,
incidemment fils du cinéaste Éric Rohmer (Maurice Schérer de son vrai
nom) et neveu du philosophe René Schérer, aura toujours compensé son
absence de talent par une vocation de sycophante.
L'agitation-propagande, définie par Trotsky comme devant faire «
bouillir l’énergie révolutionnaire » auprès des ouvriers en leur rendant
plus vives les contradictions d’une société, s'est travestie de manière
perverse, chez cet ancien de la LCR, en maniaquerie de la compilation
de presse afin de fabriquer un épouvantail servant de
personnage-repoussoir, imaginant ainsi propager la peur auprès d’une
opinion publique secrètement méprisée. Contrairement aux véritables
lanceurs d'alerte, le sycophante ne dérange strictement en rien les
puissants, il n'informe pas mais déforme, il se complait dans la
stérilité. C’est pourquoi les sycophantes resteront irrévocablement des «
idiots utiles » (expression attribuée à Lénine) du capital. Finalement,
ce ne sont que des concierges qui attendent un pourboire pour éviter
les regrets de ne jamais avoir pu devenir des faux-monnayeurs assumés.
♦ Bibliographie :
- Die nordische Seele : Artung, Prägung, Ausdruck, 1923
- Rasse und Seele : Eine Einführung in die Gegenwart, 1926
- Fremde Schönheit. Eine Betrachtung seelischer Stilgesetze, 1928
- Von Seele und Antlitz der Rassen und Volker, 1929 [recension]
- Als Beduine unter Beduine, 1931
- Die nordische Seele, 1932 [recension]
- Rassenseelenforschung im täglichen Leben, 1934
- Vorschule der Rassenkunde auf der Grundlage praktischer Menschenbeobachtung, 1934 (avec Arthur Hoffmann)
- Rasse und Charakter, Erster Teil : Das lebendige Antlitz, 1936 (la deuxième partie n’est pas parue)
- Rasse ist Gestalt, 1937
- Semiten der Wüste unter sich : Miterlebnisse eines Rassenforschers, 1937
- Rasse und Seele : Eine Einführung in den Sinn der leiblichen Gestalt, 1937
- Rassenseele und Einzelmensch, 1938
- Die nordische Seele : Eine Einführung in die Rassenseelenkunde, 1940 (édition révisée)
- König und Kerl, 1948 (œuvre dramatique)
- Thuruja, 1950 (roman)
- Verhüllte Häupter, 1955 (roman)
- Die Wüste frei machen, 1956 (roman)
- Die Seele des Andern : Wege zum Verstehen im Abend- und Morgenland, 1958
- Flucht in die Wüste, 1960-63 (version pour la jeunesse de Verhüllte Häupter)
- Die Weltstunde des Islams, 1963
- « David et Goliath » in : Études et Recherches n°2 (nouvelle série), 1983 [lire plus bas]
♦ Sur Ludwig Ferdinand Clauss :
- Julius Evola, Il mito del sangue, Ar, Padoue, 1978 (tr. fr. : Le mythe du sang, éd. de l’Homme Libre, 1999)
- Julius Evola, « F. L. Clauss : Rasse und Charakter », recension dans Bibliografia fascista, Anno 1936-XI (repris dans J. Evola, Esplorazioni e disamine : Gli scritti di “Bibliografia fascista”, Vol. I, 1934-IX - 1939-XIV, Edizioni all’Insegna del Veltro, Parma, 1994)
- Léon Poliakov/Joseph Wulf, Das Dritte Reich und seine Denker : Dokumente und Berichte, Fourier, Wiesbaden, 1989 (2ème éd.) (Poliakov et Wulf reproduisent un document émanant du Dr. Walter Gross et datant du 28 mars 1941, où il est question de mettre Clauss à l’écart et de passer ses œuvres sous silence parce qu'il n’adhère pas au matérialisme biologique, parce qu'il est « vaniteux » et qu'il a une maîtresse juive)
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